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Dès 1900, les Monégasques avaient pu apprécier les premiers balbutiements du cinéma au Palais des Beaux-Arts, immense bâtisse de fer et de verre située à l’emplacement de l’actuel Sporting. Les chefs d’œuvres du cinéma muet avaient été ensuite présenté au cinéma de la Poste, avenue de Monte-Carlo et le 19 février 1923 « La Glorieuse Aventure » premier film en couleurs naturelles était projeté.
Enfin le nouvel art parla. Monte-Carlo se devait d’avoir une salle adaptée à cette nouvelle forme d’expression. La Société des Bains de Mer prit en 1930 la décision de construire un ensemble groupant une salle de cinéma et une salle de théâtre.
Les plans furent établis par l’architecte Bosio et réalisés principalement par l’entreprise Michel Fontana et Carré. La décoration fut conçue par Muratore, dont le talent avait été fort apprécié à l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs. Décoration très sobre, très « arts décoratifs » alliée à des techniques de pointe. Projecteurs de cinéma sonores, « western », venus des Etats-Unis ; climatisation par groupe compresseur, refroidi à l’eau de mer, équipement complet de la scène, rien ne fut négligé pour assurer le succès des deux nouvelles salles. Malheureusement les travaux prirent du retard, ce qui eut pour conséquence d’empêcher la présentation en première mondiale du célèbre film de Charlie Chaplin « Les Lumières de la Ville »et d’autre part de retarder l’ouverture de la salle de théâtre d’une année.
Le 4 février 1931 la salle de cinéma est enfin achevée. Nouveauté : les pourboires aux ouvreuses sont interdits et les programmes offerts gratuitement aux spectateurs. Son Altesse Sérénissime le Prince Louis II et la Princesse Héréditaire assistent à la soirée d’inauguration. Dans la salle de nombreux invités : Sacha Guitry et Yvonne Printemps, Jules Berry, Somerset Maugham, Paul Paray, Raquel Meller, Mistinguett. A l’écran » La Féerie du Jazz » film sonore avec Paul Whitman.
Durant les premiers mois on put admirer « L’Ange Bleu » avec Marlène Dietrich et Emil Janning, le premier film parlant européen « Le Roi des Resquilleurs » et le comique Milton »Le Blanc et le Noir » de Sacha Guitry et surtout le 7 avril 1931 enfin la première européenne des « Lumières de la Ville » présentée par Charlie Chaplin. Charlot en profita pour rester quelques jours en Principauté et visiter le tennis et le Beach qui venaient d’être construits
La salle de théâtre ne fut inaugurée que le 1 février 1932. Située dans la partie est du bâtiment, Muratore l’a décorée dans le même esprit que la salle de cinéma dont elle est séparée par le hall central et son bar. René Blum alors directeur des Ballets de Monte-Carlo après la mort de Diaghilev en 1929, se voit confier la direction du théâtre et programme pour les premières représentations une saison de comédies anglaises.
Une création « To see ourserlves » de Delafied compose le programme de la soirée d’inauguration du 1er février. Une autre création, le 22 février avec « Big Business » de Charles Beunett et le 4 février un inattendu « Gala de l’Humour » avec l’humoriste Betove.
Mais la salle de théâtre des Beaux-Arts venait un peu tôt. Malgré le succès de la première saison, 3 ans vont s’écouler sans qu’aucune autre représentation ne soit donnée. Toutes les comédies sont jouées sur la scène de la Salle Garnier.
En 1936 Marcel Sablon et un jeune assistant Henry Astric, remplacent René Blum et lancent définitivement la nouvelle salle. Les comédies françaises succèdent aux comédies anglaises. On y applaudit Jean Debucourt, Lucien Callamand, Jean Worms, Madeleine Renaud, dans des pièces de Roger Martin Du Gard, André Birabeau, Henri Duvernois ou Marc Gilbert Sauvageon et Pierre Rocher crée sa pièce « Ulysse ».
Le Prince Louis II accorde son haut patronage à la nouvelle salle en 1937. Aquistapace et Blanchette Brunoy interprètent « La Petite Chocolatière » et Elvire Popesco triomphe dans « Ma Cousine de Varsovie ».
Blanche Montelet Jean-Pierre Aumont jouent Guitry avec le « Veilleur de Nuit » et le « Mot de Cambronne » dont l’auteur nous dit : « Cette petite comédie est ma centième comédie. Oui, cent déjà…qu’on ne m’en garde pas rancune. Oh j’eusse préféré cent fois n’en faire qu’une, et que ce fut « Le Misanthrope » tiens pardi !! »
Deux créations : une pièce policière : « La Nuit de la Peur » et trois pièces en un acte.
En 1938 une innovation. On projette sur l’écran de la salle de cinéma le dernier né de Sacha Guitry « Quadrille » mais le 3ème acte est interprété sur scène par Gaby Morlaix, Jacqueline Delubac et l’auteur.
Pierre Brasseur joue « L’Homme qui se donnait la comédie » et Claude Génia une création « Dormez-vous ? ». La plupart des comédies sont jouées par les artistes ayant eux-mêmes créé le rôle qu’ils interprètent. Ainsi : « Un Homme Comme les Autres », œuvre nouvelle de Armand Salacroux, bénéficie de l’excellente interprétation de Jacques Dumesnil.
Au début de l’année 1939, le drame qui va ensanglanter le monde parait bien éloigné pour les jeunes interprètes (Christian Gérard – Gérard Oury) de la comédie de Claude André Puget « Les Jours Heureux » dont Colette dira : « Le dénouement noir ou la fadeur des fiançailles est esquivée, de sorte que le public a pu garder jusqu'à la fin l’humeur enthousiaste qui lui venait d’une pièce très bien faite, dont l’éclatant succès nous donne à réfléchir. »
En lever de rideau de ses œuvres, Sacha Guitry donne des « causeries familières » sur le théâtre avec «Debureau » ou sur son thème favori : « Les Femmes et l’Amour » qui sert d’introduction à ses deux comédies : « Deux couverts « et « Un soir quand on est seul ».
Après la tourmente de l’été 1939, les Beaux-Arts ouvrent leur porte avec une série de grands classiques : « Le Cid », « Les Plaideurs », « Andromaque », « Les Femmes Savantes ». Robert Vidalin y fait applaudir son talent. Alors que Sacha Guitry est toujours là, c’est Edwige Feuillère et Pierre Richard Willm qui remportent le plus grand succès avec « La Dame aux Camélias ». Malgré les heures difficiles, le rire est toujours présent grâce à « La Petite Chocolatière », « Noix de Coco », « Miquette et sa Mère » ou « L’Anglais tel qu’on le parle ». Les communications devenant difficiles, un service de cars attend la fin de chaque représentation du soir pour ramener les spectateurs à Nice ou à Menton.
Après presque une année d’interruption, les spectacles reprennent le 11 janvier 1941 avec une comédie de Louis Verneuil »Mademoiselle Ma Mère » jouée par Gaby Morlaix. On remarque cette année-là une création de Pierre Rocher « Printemps manqué », interprétée par Aquistapace et Meg Le Monnier.
Faisant pour quelques heures oublier tous les tracas de cette époque difficile, le public applaudit Renée Saint Cyr et Henri Guisol jouant « La Vie est Belle », une comédie optimiste de Marcel Achard.
Le 3 mai, un grand succès avec « Topaze », la célèbre comédie de Marcel Pagnol.
26 comédies, une soirée de chansonniers avec Max Régnier et un récital « Edith Piaf » composent la saison 1942. Les comédies sont le plus souvent des comédies gaies telles que « L’Amant de Bornéo » de Roger Ferdinand ou « Madame est avec moi, mais quelques pièces a thèse y sont données. « Le Procureur Hallers » pose le problème des doubles personnalités, « Le Président Haudecoeur » celui du comportement d’une famille de province très bourgeoise. Robert Manuel, Roger Monteaux, Gisèle Pascal, Raymond Pellegrin et Pierre Dux sont les grandes vedettes de 1943.
74 représentations, une création « Le bâtonnier Tersins » et toujours Sacha Guitry dans sa comédie « Le Nouveau Testament » sont reprises par la jeune radio-diffusion monégasque pour ses soirées théâtrales. En début d’année, une soirée Maurice Chevalier a fait le plein de la salle. André Birabeau dont la scène des Beaux-Arts à si souvent représenté les œuvres, est présent aux représentations de sa dernière œuvre « Le Chemin des Ecoliers ». Les soirées commencent à 19 heures 45 afin de permettre aux spectateurs de rentrer tôt chez eux.
En 1944, malgré les événements, 113 représentations, 43 comédies dont une création d’André Birabeau « Point d’interrogation », animent la scène des Beaux-Arts. Topaze cette année là est joué par Raymond Pellegrin, alors jeune acteur de moins de 20 ans, n’attendant plus que le verdict de Paris, et la jolie Jane Frémond. La pièce créée à Paris en 1928 par le comédien André Lefaur, âgé de 55 ans, prend alors une dimension nouvelle et Pierre Rocher, dans sa chronique « grains de sel » de l’Eclaireur du soir écrit : Topaze, mais c’est une pièce pour J3 ».
Pierre Dux acteur crée « Cœurs déguisés », sa première comédie d’auteur. Au premier rang, dans la salle, Jean-Louis Barrault et Arletty applaudissent cette comédie qui rappelle certaines pièces de Sacha Guitry par son dialogue primesautier et moqueur.
Comédies classiques comme « Un caprice de Musset », « Le Mariage de Figaro » de Beaumarchais ou comédies de boulevard telle que « Noix de Coco » de Marcel Achard font le succès de 1945.Roger Montaux, infatigable acteur, interprète 8 comédies dans l’année : « Le Voile du Bonheur »,Le Gendre de Monsieur Poirier », « Papa », « Le Bonheur du Jour », « Chifforton » d’André Birabeau, « La Robe Rouge », « Le Duel » et la création de l’année le 1er novembre « Prix Littéraire » une comédie satirique de Claude Luxel et André Couvreur. En Septembre, une matinée amenée par les événements : sous la présidence de Son Altesse Sérénissime la Princesse Antoinette, pour l’aide au corps d’armée commandée par le Général de Monsabert, Jean de Letraz donne « Moumou ». L’année se terminera avec une création le 1er novembre « Prix Littéraire » de Claude Luxel.
Emmanuel Boudeville qui assure la direction artistique présente au total 30 comédies nouvelles du répertoire : « Au Petit Bonheur », « Un ami viendra ce soir », « Sodome et Gomorrhe » ou le talent d’Edwige Feuillère réussit à mettre en valeur cette pièce, pourtant pas la meilleure de Jean Giraudoux, la dernière œuvre d’Edouard Bourdet, « Père », « Les Affaires sont les Affaires », « Jean de la Lune » etc. …..
3 créations en 1946 : « Jeux de Cœurs » de Jean-Jacques Mecatti, « Gilbert et Marcellin » de Louis Sue, « Le Paladin » d’André Birabeau.
Le 2 octobre, 9 garçons, Les Compagnons de la Chanson chantent avec une fille : Edith Piaf. De grandes soirées avec Edwige Feuillère, Gaby Morlay, Aimé Clairiond, Pierre Dux, Robert Manuel ou Roger Monteaux. L’année 1947 débute par deux brillantes soirées, l’une sur l’histoire éternelle des déceptions sentimentales « La part du feu » de Louis Ducreux interprétée par Maria Mauban et André Roussin et l’autre ou Aimé Clariond joue « La Termitière ».
Le théâtre Hébertot présente à la fin janvier avec les créateurs de la pièce à Paris l’œuvre célèbre de John Steinbeck « Des Souris et des Hommes »tandis que le théâtre de l’Atelier permet d’applaudir la comédie de Jean Anouilh « Le rendez-vous de Senlis ».En février et en avril la même pièce »Vous ne l’emporterez pas avec vous »est donnée avec deux interprétations différentes ou dominent Jacques Derives en début d’année et Roger Monteaux au printemps. Un jeune premier apparait dans « Une jeune fille savait » : François Perrier tandis que Pierre Blanchar excelle dans la pièce de Marcel Achard « Domino ».
« La Tour de Nesle » type du drame historique à grand effet, prenant avec l’histoire de grandes libertés, va passionner, grâce à Madeleine Silvain et Robert Vidalin, les spectateurs de la salle des Beau-Arts, de même qu’elle avait à l’époque de Dumas, passionné nos grands-pères.
Marc Gilbert Sauvajon intriguera lui aussi, avec sa célèbre comédie où va s’agiter toute la famille Smith et à la fin de laquelle le public s’interroge : Mais…et « Georges et Margaret » qu’est ce que c’est ? Et bien voila… c’est le titre.
Aimé Clarion, pour le réveillon de Noël fera un merveilleux cadeau avec « Les mal Aimés » de François Mauriac, qu’il créé à l a Comédie Française. Madeleine Robinson, Henri Vidal, Michel Auclair, François Perrier, Pierre Blanchar se produisent dans des comédies d’André Gillois et de Marcel Achard.
L’opérette fait son entrée sur la scène des Beaux-Arts en 1948 avec « La Bouche » de Maurice Yvain et Sacha Guitry enchante de nouveau le public grâce à sa comédie « N’écoutez pas Mesdames ».
Et pendant 8 ans, créations, comédies se succéderont à Monaco. C’est Mouloudji, qui, le 23 février 1956, fermera le rideau sur une pièce d’Ibsen « Les revenants ».
Raymond Gérôme, un de nos meilleurs comédiens, le relèvera le 17 décembre 1981, pour répondre au vœu de la Princesse Grace de Monaco qui souhaitait faire renaître en Principauté un théâtre de comédie, gracele Prince Rainier III qui le fit restaurer.
La Princesse Grace fit appel à un architecte décorateur et elle tint elle-même à choisir les différents composants de sa décoration intérieure : les tissus muraux, les boiseries, les moquettes, les fauteuils du bar-foyer et le velours des fauteuils de salle. En tant que professionnelle de l’art dramatique, elle arpentait le plancher de la scène en récitant des poèmes en anglais pour tester l’acoustique de la salle. Elle eut l’excellente idée pour l’améliorer de faire disposer sur les murs latéraux, des colonnes en chêne massif. Elle veilla à ce que tout l’équipement de lumière soit dissimulé dans le plafond.
Faisant part de son souci d’accueillir au mieux ses confrères comédiens, elle souhaita un aménagement des loges confortable et fonctionnel : un canapé fut mis en place ainsi que des bouilloires à thermostat pour pouvoir offrir aux artistes des boissons chaudes. « Veillez à ce que les artistes soient chouchoutés car ils sont fragiles ; ce sont des grands enfants !... » Disait-elle.
Le lustre du bar-foyer (qui pèse 2500kg) fut dessiné par elle-même et exécuté près de Venise à Murano, ainsi que les appliques de la salle. S’inspirant de l’accueil des théâtres new yorkais, elle voulait que le spectateur n’ait à payer que son ticket, le programme du théâtre étant offert, le vestiaire et le placement laissés au bon vouloir du public. Elle y a donné toutes ses connaissances et surtout tout son amour.
En trente ans, notre Théâtre qui dépend du Gouvernement du Prince de Monaco et que la Famille Princière suit avec beaucoup d’attention, a présenté plus de 650 spectacles mêlant la comédie, la variété, la musique (folklorique et jazz), et le Théâtre a créé les Monte Carlo Magic Stars, Festival et compétition de la Magie en 1984. En décembre 2006, pour le 25ème anniversaire de sa création et grâce à la précieuse collaboration de SAS le Prince Albert II, le Théâtre Princesse Grace créa et produisit une mini comédie musicale en hommage à Joséphine Baker que la Princesse Grace avait beaucoup aimée et généreusement aidée. Joséphine est enterrée au cimetière de Monaco. Le spectacle s’intitula « JO et JOSEPHINE » et joué une semaine durant, et puis repris dans un théâtre parisien avant de partir en tournée dans les pays francophones. Le Théâtre Princesse Grace fonctionne très bien grâce à une équipe dynamique de 8 personnes permanentes et est placé sous le contrôle d’un Comité d’Administration présidé par SAS la Princesse Stéphanie.
Répondant aux souhaits de sa créatrice la princesse Grace, notre programmation artistique est variée, présentant beaucoup de spectacles où l’humour de qualité prédomine, afin de procurer aux spectateurs la joie qu’ils recherchent tant dans leur vie privée.
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